« Les chiens dévorent nos cadavres. » Quand des esclaves musulmans voulaient enterrer leurs morts dans l’Europe méditerranéenne du xviiie siècle
Datos Bibliográficos
| ID | 21843142 |
|---|---|
| Autores | M’hamed Oualdi (0000-0001-7629-2976, autor de correspondencia) |
| Año | 2026 |
| Volumen | 35 |
| Fecha de publicación | 2026-01-01 |
| Peer Reviewed | Sí |
| Open Access | Sí |
| Tipo | ARTICLE |
| Revista | L Année du Maghreb (JOURNAL) |
| Identificadores de la revista | ISSN: 1952-8108 • E-ISSN: 2109-9405 |
| Editorial | OpenEdition (PUBLISHER) |
| DOI | 10.4000/16fhc |
| OpenAlex | W7165180391 |
| Idioma | FR |
| Referencias citadas | 22 |
À travers les cas de Maghrébins et plus largement d’Ottomans mis en captivité par des corsaires chrétiens en Méditerranée au cours du xviiie siècle, cette recherche considère une période de décès en exil et d’inhumation bien différente de deux phases plus récentes et plus connues dans l’histoire des migrations des communautés musulmanes en Europe : le temps des rapatriements des corps dans les pays d’origine à partir des années 1960, ou la nouvelle ère des funérailles de musulmans nés, éduqués ou réfugiés en Europe.Les cas des musulmans captifs en différents ports de l’Europe méditerranéenne, de l’Espagne à Malte, dans un long xviiie siècle, nous rappelle que ces êtres asservis n’avaient eu d’autres choix que d’inhumer les leurs en terres européennes et de se faire entendre pour que leur soient reconnus des lieux d’inhumation et des formes de mort dignes. Ces captifs ont dû s’adapter à de multiples contraintes seulement pour partie comparables à celles qu’affrontent aujourd’hui encore les communautés musulmanes : une contrainte religieuse constante, à savoir la nécessité en islam d’enterrer au plus vite et dans la sobriété les dépouilles des captifs croyants ; une contrainte financière pour des communautés asservies qui disposaient parfois de ressources très restreintes ; des contraintes techniques (l’impossibilité de transporter au plus vite des dépouilles avant qu’elles ne se décomposent) ; et surtout des contraintes politiques, du fait de fortes oppositions à ces inhumations exprimées par quelques éléments des populations et des administrations européennes.La première partie de cette enquête montre comment ces captifs ont pu devenir, de leur vivant, des « autres morts ». À leur arrivée en terres européennes, les captifs/esclaves maghrébins avaient été, par définition, coupés de leurs familles d’origine. Ceux qui ne pouvaient pas se libérer en payant une rançon aux Européens qui les détenaient et qui n’avaient d’autres choix que de rester, et parfois de vieillir et mourir, en exil cherchaient à obtenir des droits pour que leur foi, leur corps et leur dépouille soient respectés. Par le biais de lettres et des circulations orales des nouvelles de navire en navire, ils appelaient leurs souverains (sultan du Maroc, gouverneurs d’Alger, Tunis et Tripoli) à faire pression sur les autorités européennes en menaçant celles-ci de s’en prendre aux captifs chrétiens de leurs nations. À leur plus ou moins grande marginalisation, qui pouvait aller jusqu’à leur « mort sociale », du vivant de ces musulmans asservis s’ajoutaient ensuite les manques de moyens financiers pour organiser leurs funérailles, les insultes proférées à leurs morts, la profanation de leurs cadavres, le refus parfois de leur accorder un lieu d’inhumation pour ne pas rendre « impures » des terres chrétiennes et, de temps à autre, le non-respect de la sacralité de leurs cimetières quand des autorités (comme celles de Gênes, Livourne, Malte) concédaient, après maintes tergiversations, un lieu pour leur inhumation.La seconde partie de cette contribution a pour principal objectif de montrer comment, dans ces différents ports, des communautés de captifs musulmans se sont construites entre autres autour du culte de ces « autres morts » et pour réclamer des funérailles dignes. Pour ce faire, les captifs en appelaient à l’aide des gouvernants du Maghreb. Ils choisissaient parmi eux des imams qui accompagnaient les captifs dans la maladie et vers l’au-delà par des prières. L’accompagnement collectif de ces corps vers la mort avait une autre finalité que la seule solidarité ou la seule action pieuse. D’une part, en tant qu’individus, des captifs cherchaient à rester musulmans par tous les moyens et à ne pas se convertir au christianisme : une telle conversion aurait été assimilée par leurs contemporains au crime d’apostasie et aurait donc empêché un retour dans leur pays musulman d’origine. D’autre part, il s’agissait aussi, en tant que communauté, de revendiquer une possibilité de contrôle et d’héritage des biens même modestes légués par ces défunts. Ces legs, ainsi que des contributions financières d’esclaves marchands à la solidarité collective et des aides matérielles de particuliers ou gouvernants du Maghreb permettaient de financer des funérailles, de construire et d’entretenir des lieux de culte et des cimetières sur les rives européennes de la Méditerranée
Colonial period · Ethnic discrimination · Islam · Death, Funerary Practices, and Mourning · Hispanic-African Historical Relations · Medieval History and Crusades
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| Velocidad de citación | historical |
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| Altamente citado | No |