Pierre Bourdieu et le marxisme de son temps
Une Rencontre Manquée
Dados Bibliográficos
| ID | 5771467 |
|---|---|
| Autores | Jean Batou (Université de Lausanne et Université Paris‐IV), Razmig Keucheyan (Université de Lausanne et Université Paris‐IV) |
| Ano | 2014 |
| Volume | 20 |
| Fascículo | 1 |
| Páginas | 19-24 |
| Data de publicação | 2014-02-28 |
| Peer Reviewed | Sim |
| Open Access | Sim |
| Tipo | ARTICLE |
| Periódico | Swiss Political Science Review (JOURNAL) |
| Identificadores do periódico | ISSN: 1424-7755 • E-ISSN: 1662-6370 |
| Editora | Wiley (PUBLISHER • GB) |
| DOI | 10.1111/spsr.12087 |
| OpenAlex | W1972151638 |
| Idioma | FR |
| Citações recebidas | 1 |
| Referências citadas | 8 |
L'histoire des rapports entre Pierre Bourdieu et le marxisme reste encore à écrire. Parmi d'autres, Burawoy (2011) et Wacquant (1996) ont émis à ce propos des hypothèses intéressantes. Elles sont loin cependant d'être philologiquement aussi précises et systématiques que les travaux portant, par exemple, sur les rapports de Foucault au marxisme (Behrent 2009; Garo 2011). Une telle histoire pourrait comporter deux volets. L'un concernerait les références explicites à Marx et au marxisme dans l'œuvre de Bourdieu: on constaterait sans doute que, s'il a élevé Marx au rang de « classique » des sciences sociales, au même titre que Durkheim ou Weber, il a souvent soumis durement à critique le reste de la tradition marxiste. L'autre, généalogique, pourrait se livrer à une reconstruction des appareils conceptuels marxien et bourdieusien afin de déterminer ce que le second doit au premier. C'est sur cette seconde voie que se sont pour l'essentiel engagés Burawoy et Wacquant. Les cours sur l'Etat constituent une pièce importante à verser au dossier des liens entre Bourdieu et le marxisme. Avant de nous y intéresser, on notera que Marx avait le projet de développer une théorie systématique de l'Etat qu'il n'a pourtant jamais achevée: dans son plan initial (1857), le livre 4 du Capital aurait dû lui être consacré (Rosdolsky 1976: 38). Au détour d'une lettre à Kugelmann du 28 décembre 1862, il estimait en effet que la question « du rapport entre les différentes formes d'Etat et les différentes structures économiques » ne pourrait pas facilement être déduite par d'autres de sa contribution à la critique de l'économie politique (Marx 1964 [1862]: 130). Cependant, il abandonnera cette perspective, et les réflexions qu'il consacre à l'Etat dans ses écrits politiques ne seront jamais articulées à son œuvre économique1 . On voit donc que le reproche qui lui est souvent adressé de s'être principalement intéressé à la dimension économique des rapports sociaux - travail, exploitation, crise, aliénation, etc. -, au détriment de leur dimension politique, n'est pas fondé, même s'il se justifie à l'égard d'une partie de la tradition marxiste2. Nous ne reviendrons pas ici sur les débats qui commencent à la fin du 19e siècle et se poursuivent pendant la décennie qui suit la révolution d'Octobre, où la question de l'Etat est analysée avant tout au prisme de la révolution (Adler, Lénine, Lukacs, Luxembourg, Pasukanis, etc.). En effet, c'est surtout à partir des années 1960 que la théorie de l'Etat devient l'un des domaines les plus dynamiques du marxisme. Bourdieu note à juste titre que cet enjeu « est revenu en force dans l'univers intellectuel » de cette période « dans le sillage des mouvements sociaux qui ont secoué cette décennie des deux côtés de l'Atlantique » (175). Un ensemble d'auteurs prend alors acte des faiblesses de la tradition marxiste en la matière, et entreprend de revenir à Marx et/ou d'ouvrir de nouvelles perspectives dans des domaines tant historiques que sociologiques, philosophiques ou politologiques3 . Ainsi, lorsque Bourdieu donne une série de cours sur l'Etat, dans les années 1980 et 1990, il est conduit à les discuter, de même qu'il se confronte à des chercheurs d'inspiration wébérienne, tels Theda Skocpol, Charles Tilly ou Samuel Eisenstadt. On se limitera ici essentiellement à évoquer le lien entre Bourdieu et deux penseurs marxistes, Gramsci et Poulantzas, cités à diverses reprises dans Sur l'Etat. Le premier a développé la théorie de l'Etat la plus aboutie au sein du marxisme « classique » de la première moitié du 20e siècle: celle de l'Etat intégral, qu'il développe dans ses Cahiers de prison, au début des années 19304 . Le second est l'auteur de la dernière théorie marxiste de l'Etat à avoir connu une audience internationale (Poulantzas 1978)5 . Son premier ouvrage en la matière (Poulantzas 1968) avait suscité un célèbre débat avec Ralph Miliband dans la New Left Review. Examiner le lien de Bourdieu avec ces deux auteurs nous conduira à l'hypothèse suivante: son rapport au marxisme du 20e siècle a été une rencontre manquée. Certes, il n'a cessé de mettre à distance et de soumettre à critique le marxisme, pourtant les thèses de ses cours sur l'Etat présentent des analogies avec celles de Gramsci et de Poulantzas. Nous suggérerons également que, compte tenu de la conjoncture intellectuelle et politique dans laquelle celles-ci ont été conçues, il aurait été difficile d'imaginer que cette rencontre ne fût pas manquée. « S'il est un seul marxiste que Pierre Bourdieu aurait dû prendre au sérieux, note Burawoy (2011), c'est sans conteste Antonio Gramsci. Le théoricien de la domination symbolique ne se devait-il pas d'engager la discussion avec le théoricien de l'hégémonie ? Et pourtant je ne parviens à trouver que quelques références succinctes à Gramsci dans les écrits de Bourdieu. » Les citations de Gramsci dans l'œuvre de Bourdieu sont en effet rares et souvent approximatives; elles tournent pour beaucoup autour de la notion d' « intellectuel organique », que Bourdieu saisit à contresens - c'est une erreur commune - comme synonyme de « compagnon de route » du parti communiste ou de la classe ouvrière. La question de savoir dans quelle mesure Bourdieu a étudié Gramsci est ouverte. Dans Choses dites, il affirme l'avoir lu « récemment » (Bourdieu 1987: 39). Au mieux, il l'a donc découvert tardivement, à un moment où ses travaux les plus importants (Les héritiers, La reproduction, La distinction, Le sens pratique, Homo Academicus...) étaient déjà derrière lui. Dans ses cours sur l'Etat, il mentionne Gramsci à quatre reprises. Commentant le livre de Philip Corrigan et Derek Sayer (1985) sur la formation de l'Etat anglais, il affirme qu' « il y aurait beaucoup à dire de Gramsci comme le Ptolémée du système marxiste, comme celui qui donne les apparences d'une voie de salut hors du système marxiste et qui, en fait, enferme encore plus dans cette impasse » (224). Bourdieu cherche à échapper à ce qu'il appelle « la théorie de l'Etat comme organe de coercition », qui le conçoit comme un instrument entre les mains des classes dominantes, comme un « reflet du pouvoir économique » (ces expressions sont de lui). Il suggère - mais sans le développer - que Gramsci a fait un premier pas dans ce sens, mais qu'il s'est arrêté là, et qu'il a empêché tout développement ultérieur du « système marxiste ». Il serait en cela le Ptolémée de la conception marxiste de l'Etat, un représentant tardif sophistiqué du « géocentrisme » - d'une perception « fonctionnaliste » ou « instrumentaliste » de l'Etat -, la science sociale attendant encore son Copernic. Une évocation de Gramsci somme toute aussi critique qu'allusive: des quatre mentions de l'auteur des Cahiers de prison, le passage ci-dessus est en effet le plus long. Comme le suggère Burawoy, cette attitude a de quoi étonner, tant est frappante la proximité des deux systèmes de pensée : entre l'Esquisse d'une théorie de la pratique de Bourdieu et la « Philosophie de la praxis » de Gramsci; l'importance accordée par Bourdieu à la « domination symbolique » et par Gramsci au « consentement » dans l'hégémonie; leur critique commune du positivisme et du déterminisme, la centralité pour les deux de la sociologie des intellectuels, l'importance qu'ils accordent à la culture... la liste est longue. La théorie de l' « Etat intégral » de Gramsci confère une importance déterminante à la lutte des classes pour comprendre l'Etat moderne. La notion d' « hégémonie » qui en est le cœur a toutefois pour objectif de combiner ce facteur avec d'autres: idéologie, culture, bureaucratie... Pourtant, même si l'affinité avec le type d'élaborations auxquelles Bourdieu se livre est manifeste, ce dernier paraît trop occupé à faire la critique des fondements mêmes des lectures marxistes de l'Etat pour en valider, ne serait-ce qu'un héritage particulier. L'œuvre de Gramsci aurait pu trouver via Bourdieu une voie d'entrée majeure dans le champ intellectuel français. Comme l'illustrent à nouveau ses cours sur l'Etat, Bourdieu a toujours été un « passeur » d'auteurs étrangers en France: Goffman, Panofsky, Bakhtine, Cassirer, Hoggart, parmi d'autres. On remarquera cependant qu'aucun d'eux ne se revendiquait du marxisme, ou qu'ils étaient pour certains, comme Bakhtine, engagés dans une démarche de « refondation ». Dans le cas de Gramsci, il n'a pas souhaité jouer ce rôle. Son rapport problématique avec lui s'explique peut-être en partie du fait que, dans les années 1960 et 1970, c'est Louis Althusser et des auteurs (plus ou moins) proches de lui qui introduisent et discutent Gramsci en France: Christine Buci-Glucksmann, Etienne Balibar, André Tosel, et Jacques Texier notamment. Or, l'aversion de Bourdieu pour les althussériens est bien connue6 . De ce point de vue, le milieu dans lequel Gramsci est reçu et débattu en France a sans doute eu, initialement, un effet repoussoir sur Bourdieu. Althusser publie de son côté un compte rendu positif des Héritiers de Bourdieu et Passeron (1964) dans les Cahiers marxistes-léninistes, une publication d'inspiration maoïste animée par ses étudiants de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm. Il est intéressant de constater que le séminaire de Bourdieu et Passeron au sein de cette institution se déroule durant la même période que celui d'Althusser et de ses élèves, qui donnera lieu à la publication de Lire le Capital (1965)7. Les théories marxistes de l'Etat sont essentiellement politiques et tournées vers l'action: elles ont pour objectif ultime la transformation de l'ordre social. Avant d'être un théoricien de l'Etat discuté aux quatre coins du monde, Gramsci est le cofondateur du Parti communiste italien. Le courant althussérien est aussi partie prenante du mouvement communiste français, même si de manière complexe. Or, Bourdieu n'a cessé de promouvoir - si ce n'est de pratiquer toujours - la « neutralité axiologique »: sa mise à distance du marxisme est à chercher par conséquent dans sa conception du rapport entre sciences sociales et engagement politique. On remarquera également que ces cours sur l'Etat sont prononcés entre 1989 et 1992, au moment de l'effondrement du bloc soviétique, alors que la réfutation du marxisme bat son plein. Mais cela ne suffit pas à expliquer son manque d'intérêt pour Gramsci. Plus fondamentalement, ces cours sont très critiques envers la sociologie politique marxiste, accusée d'avoir posé « des problèmes catastrophiques qui se sont imposés à tous ceux qui ont réfléchi sur l'Etat dans tous les pays (...) » (545). Une autre « rencontre manquée » est celle entre Bourdieu et Poulantzas, le principal théoricien marxiste de l'Etat de sa génération en France. En janvier 1991, Bourdieu s'interroge: « L'Etat est-il dépendant, comme le disent les marxistes, même si c'est une dépendance relative, comme disait Poulantzas ? » (175). Plus tard, dans ce même cours, il évoque l' « ornière Skocpol/Poulantzas » (179). Skocpol (1979) défend une théorie néo-wébérienne de l'Etat comme acteur autonome par rapport aux différents secteurs de la société (state autonomy theory). Elle est aussi l'une des coordinatrices d'un ouvrage influent sur la sociologie politique de l'Etat (Skocpol et al. 1985). Pour Bourdieu, l' « ornière Skocpol/Poulantzas » désigne l'alternative entre la dépendance de l'Etat par rapport aux classes dominantes (Poulantzas), et celle de son indépendance (Skocpol), qu'il considère comme fallacieuse. Il s'agit pour lui d'un « problème écran », qui a entravé le développement de la sociologie de l'Etat: « Je suis wittgensteinien, je dis: "Voilà une action d'Etat", et je me demande: "En quoi consiste une action d'Etat ? Comment ça se passe et comment ça se détermine, comment ça se décide ?" Dès qu'on a ce genre de questions à l'esprit, le problème de la dépendance ou de l'autonomie de l'Etat vole en éclats, car ce qu'on observe est un espace d'agents, un espace très compliqué. » (177). Bourdieu se réfère ici à l'idée d'autonomie relative de l'Etat de Poulantzas. Cette notion trouve son origine chez Althusser (1965 et 1970)8 . Pour Poulantzas, dès 1968, ce concept postule qu'en régime capitaliste, l'Etat est toujours un Etat de classe. Cependant, il est en même temps « relativement autonome » par rapport aux classes dominantes, parce qu'elles ne sont pas homogènes, ne l'ont jamais été, et ne peuvent pas l'être. La division du travail est l'essence du capitalisme, elle affecte tous les secteurs de la société, y compris les classes dominantes. Celles-ci se divisent, en d'autres termes, en fractions du capital: le capital industriel, le capital financier, le capital commercial, l'armée, le personnel politique, les intellectuels dominants... Les intérêts de ces fractions ne coïncident pas nécessairement. Afin d'assoir leur domination et de constituer ce que Poulantzas appelle un bloc au pouvoir, elles doivent pouvoir compter sur un instrument suffisamment souple qui, souvent sous l'hégémonie de l'une d'elles - par exemple, à l'époque néolibérale, le capital financier -, coordonne leurs intérêts. C'est l'Etat, qui œuvre en faveur de la domination des capitalistes, tout en étant indépendant des intérêts de telle ou telle fraction du capital. L'autonomie relative de l'Etat est donc une conséquence du caractère pluriel, différencié, des classes dominantes. Le concept d' « autonomie relative » est également central chez Bourdieu, notamment dans La reproduction, publié en 1970 avec Passeron (après son apparition dans les textes d'Althusser), ou dans l'article fondateur de la théorie des champs, « Genèse et structure du champ religieux », paru en 1971 dans la Revue française de sociologie. A l'origine, il applique principalement ce concept à l'autonomie relative des champs. A mesure qu'ils se différencient, qu'ils s'institutionnalisent, ils s'autonomisent, en ce sens notamment que le type de capitaux qui y circulent et les rapports entre eux deviennent spécifiques à chaque champ. L'autonomie des champs est toutefois toujours « relative », car ce qui se passe dans un champ (par exemple, économique) est susceptible d'influer plus ou moins sur ce qui se passe dans un autre (par exemple, politique). Cependant, dans les cours sur l'Etat, la notion d'autonomie relative s'applique désormais non seulement aux champs, mais également à l'Etat. C'est une innovation importante. Rien n'indique qu'elle ait été influencée par Poulantzas ou les althussériens, mais cette hypothèse n'a rien d'absurde. L'Etat, dit Bourdieu, est un « pouvoir sur les pouvoirs » (311), il a un pouvoir de « totalisation » (311) - un concept typiquement marxiste (Jay 1986) -, ou encore, il constitue un « méta-capital »: « L'Etat, dans la mesure où il accumule en grande quantité différentes espèces de capital, se trouve doté d'un méta-capital qui permet d'exercer un pouvoir sur tout capital » (312). La proximité avec Poulantzas est ici la plus nette. Pour lui comme pour Bourdieu, l'autonomie relative découle de la division du travail, qui donne lieu à une lutte entre « détenteurs de capitaux » (Bourdieu) ou « fractions du capital » (Poulantzas) pour l'appropriation de ressources rares. Pour les deux, l'autonomie relative s'applique également à l'Etat. Chez Poulantzas, les contradictions entre classes et fractions de classes requièrent l'émergence d'un acteur relativement autonome à même de maintenir la stabilité de l'ordre social sous hégémonie d'un bloc au pouvoir. Chez Bourdieu, l'autonomie relative de l'Etat procède de son « pouvoir sur les pouvoirs », de sa capacité à influer sur l'évolution des champs et le poids relatif des capitaux. Bien sûr, des différences subsistent. Pour Bourdieu, aucune espèce de capital - économique, social, culturel - ne dispose d'une primauté de principe sur les autres. Poulantzas, de son côté, confère à la lutte pour l'appropriation du « surplus économique » (« surproduit social ») un poids prépondérant. Pour autant, en accordant à l'Etat une autonomie relative, il reconnaît l'importance de formes de pouvoir non économiques: bureaucratie, expertise, culture... Il semble donc que Poulantzas échappait déjà de lui-même à l' « ornière Skocpol/Poulantzas », dans laquelle Bourdieu l'avait relégué. Comment expliquer alors l'attitude critique de Bourdieu envers Poulantzas ? Sa volonté de marquer sa distance épistémologique avec le marxisme l'a sans doute conduit à se démarquer de lui dans le champ intellectuel français, et donc de Poulantzas, incontournable sur la théorie de l'Etat. Au moment de ses cours des années 1989-1992, le « reflux du marxisme » avait commencé depuis une bonne décennie, mais Bourdieu avait été socialisé dans un contexte où le marxisme était encore une puissance intellectuelle et politique de premier plan. Ses cours sur l'Etat marquent donc une volonté réitérée de s'en distancier. Seuls les travaux d'histoire et de sociologie historique de quelques marxistes britanniques comme E. P. Thompson, Philip Corrigan ou Derek Sayer, qui se sont intéressés aux dimensions symboliques - et à la portée matérielle - des pratiques étatiques, trouvent grâce à ces yeux. Dans ce sens, Bourdieu fait bien plus qu'un jeu de mots lorsqu'il affirme que « le marxisme est 'indépassable' à condition de le dépasser » (425). Jean Batou is a professor of Contemporary International History at the University of Lausanne, Switzerland. He is the author of numerous publications on the history of globalization and social movements. He is one of the organizers of the french language network "Penser l'émancipation" (Emancipatory Thought). Address for correspondence: 40, av. Krieg, CH-1207 Genève, Switzerland. Phone: +41 78 944 27 07; Email: [email protected]. Razmig Keucheyan is an assistant professor (maître de conférences) in sociology at the University of Paris-Sorbonne (Paris IV), and a member of the Groupe d'étude des méthodes de l'analyse sociologique de la Sorbonne (GEMASS, CNRS/Sorbonne). He specialises in social theory and the sociology of ideas. He is the author of The Left Hemisphere. Mapping Critical Theory Today (Verso, 2013
Political Economy and Marxism · Politics and Society in Latin America · Social and Cultural Dynamics
| Obras citantes distintas | 1 |
|---|---|
| Citações por ano | 1 |
| Intervalo de citações | 2025 - 2025 (1) |
| Velocidade de citação | recent |
| Altamente citado | Não |
| Tipos de citação | Neutras: 1 |