Étrangèreté et écriture du nonsavoir
Hélène Cixous, Nina Bouraoui et Leïla Sebbar
Bibliographic Data
| ID | 10610054 |
|---|---|
| Authors | Oana Panaïté (0000-0001-6578-0392, corresponding author) |
| Year | 2014 |
| Volume | 129 |
| Issue | 4 |
| Pages | 796-811 |
| Publication date | 2014-09-01 |
| Open Access | No |
| Type | ARTICLE |
| Venue | Modern Language Notes (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 0149-6611 • E-ISSN: 2326-1978 |
| Publisher | Project MUSE (PUBLISHER • US) |
| DOI | 10.1353/mln.2014.0081 |
| OpenAlex | W2039434894 |
| Language | FR |
| Citations received | 1 |
| References cited | 1 |
Étrangèreté et écriture du nonsavoir :Hélène Cixous, Nina Bouraoui et Leïla Sebbar Oana Panaïté (bio) « Tout se passe dans l’avant-œuvre, saison préhistorique où les personnages épris de grands auteurs morts se voient déjà en rêve devenus livres, volumes, s’approchent de ‘l’Œuvre’ » (Cixous, Manhattan 3). Cette phrase pourrait décrire le travail des écrivaines réunies dans la présente étude ; elle pourrait également résumer les enjeux conceptuels de celle-ci. Hélène Cixous, Nina Bouraoui et Leïla Sebbar : trois écrivaines aux parcours différents et aux voix bien distinctes, mais trois écrivaines aussi que rassemble le trait de (dés)union d’une appartenance plurielle. Dire que leurs œuvres se tissent au carrefour des langues et des cultures relève du truisme, et pourtant leur lecture en dialogue ne saurait se passer de cette vérité déclinant son évidence différemment pour chacune. Cixous, tiraillée entre sa filiation allemande, française et juive, dans un pays – l’Algérie – luimême doublement transformé par le colonialisme français et, pendant la Seconde Guerre mondiale, par la politique d’exclusion vichyste, explore obstinément les formes dicibles du « dehors ». Bouraoui, vacillant « entre Rennes et Alger », entre son héritage français et son héritage algérien et entre l’hétéronormativité prescrite et une homo-normativité d’abord indicible, ensuite émergeante, trace les contours discursifs d’un « entre-deux ». Avec Sebbar, porteuse de la mémoire de la guerre d’Algérie, mémoire du père et de son lignage, depuis la France, pays maternel, dont son œuvre sillonne et approfondit la diversité interne, l’on pénètre dans l’ambivalence symbolique, tantôt [End Page 796] accueillante, tantôt repoussante, du « dedans ». L’oscillation entre le « dedans » et le « dehors », entre la pulsion nostalgique du retour aux origines et la conscience aiguë de leur condition d’étrangères, correspond à un phénomène plus large, caractérisant, selon Marianne Hirsch et Nancy Miller, les écritures diasporiques contemporaines. Celles-ci manifestent « une imbrication réciproque plutôt qu’une opposition ouverte entre le désir des racines, d’un côté, et la tentation de la condition diasporique, de l’autre » (2). Si le fantasme diasporique est intrinsèquement celui d’un retour « chez soi », les deux spécialistes américaines avouent leur scepticisme à l’égard de ces notions mythifiantes, préférant « les définitions contingentes, ambigües du moi » (4). Afin de définir la spécificité de ce nouveau paradigme littéraire, Marianne Hirsch avance le concept de « post-mémoire » alors que Nancy Miller forge celui d’expérience « transpersonnelle » : « une zone relationnelle sociale, affective, matérielle et nécessairement publique » (5). Leur approche vise à « déplacer l’accent de la diaspora au retour », entendu comme une série de pratiques émergeant entre « les routes » (routes) et « les racines » (roots) (6). Même si le jeu des paronymes anglais se prête mal à une traduction fidèle, il évoque un autre couple conceptuel, celui des racines uniques et du rhizome qui définit la pensée de la trace et de la dérive chez Édouard Glissant. Soucieuse des différences culturelles, historiques et esthétiques entre leurs trajectoires de carrière et la substance de leurs œuvres, la présente analyse se propose de dégager le travail de l’« étrangèreté » dans les œuvres de ces écrivaines. En tant que « sentiment de l’étranger » celle-ci peut être envisagée, sur le versant stylistique, comme « la condition radicale de la subjectivation artistique » (Dessons, L’Art et la manière 190). Sur le versant thématique, elle signifie un interdit, un refus ou une absence, autrement dit la part négative de l’écriture que Jacques Derrida appelle, dans Le Monolinguisme de l’autre, « cette amnésie à laquelle je n’ai jamais eu le courage, la force, les moyens de résister » (89)1. Appuyant mon analyse sur une série de textes traversés par la figure du père et embrayés par l’ignorance, l’incompréhension ainsi que par leur corollaire
Art · Humanities · Multiculturalism, Politics, Migration, Gender · North African History and Literature · Political and Social Issues
| Citations per year | 0.1 |
|---|---|
| Citation span | 2016 - 2016 (1) |
| Highly cited | No |