Des bidonvilles aux sites de relogement à Témara
La quête d’une identité urbaine légitime
Bibliographic Data
| ID | 16874992 |
|---|---|
| Authors | Aziz Benkorti (0000-0001-9797-6250, Sport et sciences sociales, corresponding author) |
| Year | 2023 |
| Volume | 29 |
| Pages | 185-201 |
| Publication date | 2023-01-01 |
| Peer Reviewed | Yes |
| Open Access | Yes |
| Type | ARTICLE |
| Venue | L Année du Maghreb (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 1952-8108 • E-ISSN: 2109-9405 |
| Publisher | OpenEdition (PUBLISHER) |
| DOI | 10.4000/anneemaghreb.11884 |
| OpenAlex | W4383531595 |
| Language | FR |
| References cited | 18 |
L’image dévalorisante associée aux bidonvilles engendre chez leurs habitants un sentiment de stigmatisation. Pour certains de ces habitants, le relogement est imaginé comme un nouveau départ, une occasion pour s’approprier une identité urbaine légitime à leurs yeux, en accédant à un logement légal et décent. Cette identité visée est construite en interaction avec les autorités et les non-résidents des bidonvilles, et est associée à un statut urbain légitime. À travers une enquête sociologique qualitative, cet article étudie comment la quête d’une nouvelle identité urbaine dans le quartier Nasr, un habitat collectif destiné à reloger des ex-bidonvillois à Témara, a créé des logiques d’exclusion et de hiérarchisation sociale. Il analyse les effets de lieu, les logiques d’exclusion et les techniques mobilisées par les stigmates pour comprendre les rapports de voisinage et les rapports entretenus par les relogés avec le reste de la ville. L’objectif est de savoir si ce relogement leur a permis de combler le sentiment de stigmatisation ressenti dans les bidonvilles. L’article est structuré en trois parties. La première partie fournit une description du quartier étudié et des conditions d’installation. Construit dans le cadre du programme national « villes sans bidonvilles » (VSB), le quartier Nasr reflète la gouvernementalité urbaine néolibérale promue par la Banque mondiale pour le développement. Une politique contribuant à la fabrication des pauvres endettés. Pour certains anciens résidents de bidonville, le relogement est vécu comme une forme de ruralisation, car il se situe loin du centre-ville et de ses commodités. La dégradation des conditions sociales de cette population alimente une certaine hostilité et un mécontentement envers les autorités. La deuxième partie de l’article met en lumière les conditions de vie précaires pour une grande partie des relogés. En effet, pour certains, les appartements étaient une désillusion par rapport à leurs attentes. Cela est lié en grande partie à l’objectif des autorités de déconstruire des habitats considérés comme un mal à la fois spatial et social sans mettre en place une stratégie d’accompagnement social plus efficace et qui réponde aux attentes de la population. Le sentiment d’abandon dû à l’absence d’un suivi social a donné lieu à des moyens de résistance subalternes, tels que le travail associatif, la mobilisation individuelle et collective, l’indignation envers les pouvoirs publics, et la construction d’un marché informel afin de répondre à leurs besoins. Le passage précaire des bidonvilles au quartier de relogement a aggravé la situation économique et sociale de certains habitants. Au niveau économique, de nombreuses familles, notamment les plus défavorisées (femmes cheffes de ménage et certains habitants exerçant des métiers journaliers) éprouvent des difficultés à assumer les nouvelles charges, telles que les traites bancaires, les frais d’eau et d’électricité. Enfin, la troisième partie analyse les rapports sociaux au sein du quartier. Les appartements y ont été attribués de manière arbitraire, ce qui a entraîné une rupture des liens sociaux existants entre les habitants des bidonvilles. De plus, le départ de certains relogés et l’arrivée d’autres catégories sociales a créé une hiérarchisation sociale basée sur le volume de capital économique possédé et les tentatives d’adaptation à la nouvelle vie. Ce qui a entraîné une sorte de méfiance et un repli social. Bien que cette hiérarchisation sociale soit invisible à l’extérieur, les habitants du quartier sont considérés comme homogènes et jugés en fonction de l’image que les autres ont de leur quartier. Cela conduit les habitants à vouloir fuir le quartier afin de se distinguer et de s’approprier une nouvelle identité urbaine
Art · Humanities · Political science · Sociology · African Studies and Ethnography · Cultural Identity and Heritage · French Urban and Social Studies
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