L’organisation du crime
Ethnographie d’une municipalité mexicaine durant la “guerre de la drogue”
Bibliographic Data
| ID | 19590378 |
|---|---|
| Authors | Pierre Gaussens (0000-0003-2936-402X, corresponding author) |
| Year | 2020 |
| Publication date | 2020-12-01 |
| Open Access | No |
| Type | ARTICLE |
| Venue | Condition humaine - Conditions politiques (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 2742-9318 • E-ISSN: 2742-9318 |
| Publisher | Maison des Sciences de l'Homme Paris Nord (PUBLISHER) |
| DOI | 10.56698/chcp.636 |
| OpenAlex | W4403967743 |
| Language | EN |
Cet article vise à contribuer à l’analyse critique du crime organisé et de son évolution contemporaine au Mexique. Son approche anthropologique repose sur une méthodologie qualitative qui combine le travail de terrain et l’étude de cas, à travers une enquête menée dans une municipalité de l’État de Guerrero, Ayutla de los Libres, où un groupe criminel a opéré durant la « guerre de la drogue », entre 2008 et 2013. Cette étude s’intéressera donc à la formation de ce groupe dans le but de retracer – à grands traits – l’histoire contemporaine de la criminalité locale, et de contribuer ainsi, au-delà de la singularité du cas évoqué, à l’analyse de la délinquance organisée dans le Mexique du xxie siècle.Les résultats ici présentés découlent d’un travail de terrain ethnographique – conjugué à un travail social – qui a été réalisé dans plusieurs municipalités de Guerrero, entre 2012 et 2018. À Ayutla en particulier, ce travail a été mené par l’auteur en deux temps : entre 2012 et 2013, en tant que professeur, et entre 2017 et 2018, durant la réalisation d’un film sur les élections municipales de cette période. L’ethnographie se révèle particulièrement utile à l’étude de la criminalité, dans la mesure où le travail de terrain dévoile une réalité locale qui contredit le discours dominant sur le phénomène du narcotrafic. Si des controverses peuvent naître de son application au champ criminel, l’enquête ethnographique n’en représente pas moins une méthode féconde, grâce à un double avantage. Tout d’abord, elle contraste nécessairement avec les approches quantitatives dominantes, liées à la criminologie. En étudiant le phénomène à une échelle micro, elle révèle une réalité inaccessible aux approches macro, et peut ainsi compléter ou questionner les analyses statistiques. Ensuite, elle permet d’appréhender le problème criminel dans un espace délimité, où l’observation empirique est possible, ce qui donne une vision des faits plus nuancée et, surtout, plus complexe que les récits dominants sur la violence du « narco ». En ce sens, l’enquête ethnographique permet d’illustrer la profondeur du lien qui unit délinquants et politiques dans l’organisation du crime. S’il y a effectivement une délinquance organisée, l’organisation du crime n’est pas endogène, mais indissociablement liée à l’exercice du pouvoir politique au niveau local. En réalité, par le biais du gouvernement municipal qu’ils contrôlent, ce sont les caciques qui ont recours à des groupes armés pour asseoir leur domination. Jadis mercenaires et hors-la-loi, aujourd’hui gardes du corps et « narcos », les hommes en armes n’ont pas fini d’accompagner les patrons locaux. Organisée de la sorte, la criminalité dissimule une politique de terreur dont la violence cherche, avant toute chose, à préserver un ordre social profondément injuste.En effet, les formes actuelles du crime organisé s’inscrivent dans une histoire plus profonde de la violence, en dehors de laquelle elles ne peuvent être comprises. Au-delà de la figure mythique du « narco », l’application de la méthode ethnographique à l’étude du crime révèle une réalité locale en pleine transformation, du fait d’un principe étatique en crise et des luttes de pouvoir à l’œuvre, tout ceci en lien avec la mutation criminelle de l’intermédiation politique et de la représentation officielle à l’échelle municipale. De ce point de vue, la montée en puissance de la logique criminelle dans le Mexique contemporain ne peut que répondre à la construction d’un nouvel ordre social, contrôlé par un régime politique dont le pouvoir s’exerce de plus en plus par le biais de l’action criminelle
Art · Humanities · Political science · African Studies and Ethnography · Crime, Illicit Activities, and Governance
| Highly cited | No |
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