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La conquête sans majuscule. L’affaire Diego de Avila (Manille-Mexico, 1577-1580)

Bibliographic Data

ID21220175
AuthorsR Bertrand (0000-0002-0680-5948, Institut d'Etudes Politiques de Paris, corresponding author)
Year2016
Volume7
Publication date2016-01-01
Peer ReviewedYes
Open AccessNo
TypeARTICLE
VenueLes actes de colloques du musée du quai Branly (JOURNAL)
Journal identifiersISSN: 2105-2735 • E-ISSN: 2105-2735
PublisherOpenEdition (PUBLISHER)
DOI10.4000/actesbranly.692
OpenAlexW2559480231
LanguageFR

Rares sont les documentations qui nous permettent de dresser le tableau des présences espagnoles dans l’archipel philippin au cours des deux décennies suivant l’arrivée de l’armada de Miguel López de Legazpi à Cebu, en avril 1565. Dans les précis d’histoire impériale qui évoquent « le Pacifique des Ibériques », l’usage du terme de « Conquête », toujours affublé d’une majuscule, dispense ordinairement de décrire par le menu les opérations, plurielles et hasardeuses, au moyen desquelles les Espagnols édifient leurs premières enclaves fortifiées, accomplissent la « pacification » de l’île de Panay et s’emparent en 1571 de Manille, la capitale du royaume de raja Suleyman. Hormis les missives de Legazpi, les courriers des réguliers et les mémoires de supplique des capitaines – tous documents enclins aux euphémismes de bienséance –, il n’existe pratiquement aucune source permettant d’écrire une histoire sociale des « peuplements » espagnols de la fin du 16ème siècle. De précieuses informations peuvent toutefois être glanées dans les registres de la Contaduría – les livres de compte de Manille pour la période 1565-1590. Surtout, l’historien peut mettre à profit les actes d’une affaire judiciaire à tous égards exceptionnelle : le procès pour « atteinte à la Foi » intenté en 1577 par le Gouverneur Francisco de Sande au muchacho Diego de Ávila et à deux « ensorceleuses indiennes » originaires de Cebu – prénommées l’une Inés, l’autre Beatriz. Au fil de nombreux témoignages éclairant le cheminement souterrain d’une rumeur d’impiété attentant à l’honneur du Gouverneur, c’est tout l’univers chamarré des ritualités et des domesticités locales qui émerge des pénombres – un univers où se côtoient, dans les dépendances des posadas et les arrière-cours des paillottes, des soldats espagnols nés au Michoacán, des guérisseuses philippines, des serviteurs malais originaires des Moluques et des Célèbes, des artisans chinois et des devins africains venus des comptoirs de l’Estado da India. L’incapacité des interprètes et du scribe du Gouverneur à traduire certains termes vernaculaires employés par Inés et Beatriz offre également la possibilité de reconstituer, par petites touches, l’univers des babaylan – les « spécialistes rituelles » qui, lorsqu’elles officient lors des cérémonies de guérison, invoquent les anito et manient de complexes pharmacopées à base de plantes, de résines et de sécrétions animales. Ici comme en bien d’autres situations de contact de l’époque moderne, nous n’avons donc pas affaire à la « rencontre » à huis clos entre des « cultures » étanches et homogènes, mais à la coexistence de mondes irréductibles à l’espace étriqué de leur entrecroisement

Art · Humanities · Colonialism, slavery, and trade · Historical Studies in Latin America · Philippine History and Culture

Citation velocityhistorical
Highly citedNo

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