Pour la nuit des temps
Bibliographic Data
| ID | 21551915 |
|---|---|
| Authors | André-Guy Robert (corresponding author) |
| Year | 2022 |
| Volume | 46 |
| Issue | 1 |
| Pages | 159-164 |
| Publication date | 2022-06-01 |
| Open Access | Yes |
| Type | ARTICLE |
| Venue | Revue Possibles (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 0703-7139 • E-ISSN: 2818-2758 |
| Publisher | Université de Montréal libraries (PUBLISHER) |
| DOI | 10.62212/revuepossibles.v46i1.560 |
| OpenAlex | W4392421141 |
| Language | EN |
Pour la nuit des tempsPar André-Guy Robert La nuit définitive « Regarde sans frayeur la fin de toutes choses », écrivait François Maynard au XVII e siècle 1 .Pour le poète, mourir revenait à perdre conscience, la conscience « de toutes choses ».Que mon corps cesse de fonctionner, et voici : je n'aurai plus connaissance du monde.Fin des perceptions, fin de la subjectivité, je sera dissous.« Regarde cela sans frayeur.» Quatre cents ans plus tard, nous savons que l'univers lui-même aura une fin.On l'estime à 2,8 milliards d'années.Si cette durée est inimaginable à notre échelle, la fin, elle, fait partie de notre expérience : une fin peut survenir à tout moment, n'importe où, quelle que soit l'échelle -l'échelle de Jacob peut-être.Selon une hypothèse, les trous noirs finiront par absorber toute la matière à leur portée.Dès lors, la lumière elle-même y restera captive, comme le génie dans la lampe.Commencera, au sens propre, l'âge des ténèbres.Le grand locked-in.Durant un court moment, il y aura eu l'humanité et sans doute bon nombre de sociétés semblables disséminées dans le cosmos.Par elles, l'univers aura été conscient de lui-même et de sa propre disparition.Aujourd'hui, notre savoir oblige chacun d'entre nous à vivre avec la certitude que trois choses fondamentales prendront fin : moi, l'humanité, l'univers.Rien ne subsistera de nos legs.Comment vivre alors ?En se racontant des histoires. Histoires contre la nuitUn instant dans l'histoire de l'univers, l'humanité se sera conté des histoires.Cela remonte à l'hostilité du monde, à la chaleur du feu, à la présence des autres.Quand la nuit hurle de mille cris glaçants, on se réunit autour du feu, épaules contre épaules, pour entendre la voix du conteur faire le récit des exploits.Ça rassure et donne un but.Ça nous conforte dans notre idée de nous-mêmes et des puissances qui nous entourent.Le gène de l'inconnu, ça débrouille la langue.Quand les explications font défaut, on range l'ignorance, la peur et le tabou dans le totem du mot mystère, et l'on danse autour.Ça fait tomber l'anxiété.On devient vite le narrateur de sa propre existence
| Highly cited | No |
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