Universalité et particularité
Aux origines du calcul benthamien
Bibliographic Data
| ID | 21796271 |
|---|---|
| Authors | Jean-Pierre Cléro (Normandie Université, corresponding author) |
| Year | 2024 |
| Volume | 25 |
| Publication date | 2024-01-01 |
| Peer Reviewed | Yes |
| Open Access | No |
| Type | ARTICLE |
| Venue | Revue d’études benthamiennes (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 1760-7507 • E-ISSN: 1760-7507 |
| Publisher | OpenEdition (PUBLISHER) |
| DOI | 10.4000/129ms |
| OpenAlex | W4403271360 |
| Language | FR |
| References cited | 2 |
Dans l’utilitarisme benthamien, le calcul n’assure-t-il pas l’universalité que les langues paraissent compromettre en raison de leur relativisme ? Quand bien même il théoriserait le langage, l’utilitarisme benthamien, parce qu’il s’exprime dans la langue vernaculaire - anglais, français, espagnol ...-, est relativement dépendant de ces langues dans sa conceptualisation. Ce qu’une langue appelle bonheur, plaisir, jouissance ... n’est pas ce qu’une autre appelle happiness, pleasure, enjoyment, joycence. Ces différences ne sont pas sans effets sur la pensée du droit, de l’économie, de la société. Bentham les a considérées à plusieurs reprises, mais tout particulièrement dans les Springs of Action et dans les Tables qui les accompagnent. L’idée d’approfondissement de ces effets et de leur systématisation, ainsi que de leurs rapports aux divers secteurs de l’activité humaine, s’est esquissée, sinon pleinement développée, dans la Nomographie. Mais une difficulté apparaît lorsqu’on prend en compte que Bentham a autant insisté sur l’aspect « calcul » de sa doctrine que sur son aspect « plaisir ». Si l’on veut bien reconnaître que les affects sont radicalement dépendants des langues, faut-il dire qu’ils dépendent de la même façon des calculs et qu’il existe des façons de calculer anglaises, françaises, espagnoles, russes, allemandes ... ? Il semblerait que, de ce côté « calcul », nous avons les moyens de mettre en question le relativisme que nous rencontrons dans l’écriture des lois, en éthique, en politique, lesquelles cherchent plutôt à s’en accommoder. Toutefois, Bentham n’en reste jamais à une antinomie et, s’il écrit, d’un côté, les Springs of Action, la Nomographie, de l’autre côté, les Pannomial Fragments (qui sont peut-être allés le plus loin possible dans la mathématisation de l’utilité), il écrit aussi un « Appendice » à ses Chrestomathia, le VIIIe qui, s’il n’apporte une « solution » à notre antinomie, n’en est pas moins une façon de la réduire en la mettant franchement en scène dans sa complexité. Il n’y a pas de mathématiques sans symbolismes, qui ne dépendent pas de la diversité des langues ; il n’y en a pas non plus sans langue vernaculaire pour dire ces symbolismes qui ne se comprendraient pas sans elle. Il existe donc un mouvement hélicoïdal, dont Bentham est familier, entre les langues vernaculaires et les symbolismes (algébriques, arithmétiques, géométriques, topologiques, vectoriels, probabilistes...), sans oublier cette représentation que Bentham voulait que l’on cultivât, sans écriture ni dessin et par simple effort mental, afin de développer l’intuition, l’acte de garder en mémoire et celui de projeter, tous deux essentiels aux démonstrations mathématiques. Il est très possible que les schématismes entre les plaisirs et les calculs passent par là. Nous chercherons à faire quelques pas dans cette direction. Peut-être le secret de ces schématisations réside-t-il dans une mathématique universelle qui n’est pas sans rappeler celle de Leibniz ? Même si la mathématisation benthamienne, en dépit de la bonne information de son auteur sur les divers secteurs de cette discipline, reste un vœu pieux et certainement trop peu développé
| Citation velocity | historical |
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| Highly cited | No |