La position de l'intelligentsia dans la structure de classe des sociétés socialistes d'État
Bibliographic Data
| ID | 2979127 |
|---|---|
| Authors | Ivan Szelenyi (0000-0003-0520-2552, corresponding author) |
| Year | 1978 |
| Volume | 22 |
| Issue | 1 |
| Pages | 61-74 |
| Publication date | 1978-01-01 |
| Open Access | No |
| Type | ARTICLE |
| Venue | Actes de la recherche en sciences sociales (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 0335-5322 • E-ISSN: 1955-2564 |
| Publisher | PERSEE Program (PUBLISHER) |
| DOI | 10.3406/arss.1978.2600 |
| OpenAlex | W2002454740 |
| Language | FR |
| Citations received | 3 |
La position de l'intelligentsia dans la structure de classe des sociétés socialistes d'Etat. L'auteur qui se propose de décrire la structure de classe des sociétés socialistes d'Etat en Europe de l'Est fait l'hypothèse que les mécanismes de redistribution jouent dans ces sociétés le même rôle que la propriété privée des moyens de production dans les sociétés capitalistes, assurer le prélèvement de la plus-value et l'expropriation des producteurs ; ceux qui ont intérêt à accroître le pouvoir de redistribution pourraient constituer une nouvelle classe dominante, en voie de formation, plus large que l'élite politique, la bureaucratie ou la technobureaucratie, qui intégrerait potentiellement l'ensemble de l'intelligentsia. A la différence du bureaucrate, tel que le décrit Max Weber, l'intellectuel des sociétés socialistes d'Etat prétend détenir le monopole du savoir téleologique nécessaire pour assurer une distribution des excédents rationnelle, socialement juste et économiquement efficace, et c'est à ce titre qu'il revendique le pouvoir. Les sociétés socialistes et la montée de la nouvelle classe dominante ne sont pas le produit de l'idéal marxiste ; au contraire, tout se passe comme si les intellectuels avaient utilisé à leur profit cet idéal pour s'emparer du pouvoir de classe. Ce n'est pas un hasard si la nouvelle organisation sociale est apparue dans des sociétés où il existait une intelligentsia (l'origine russe du terme est elle-même significative), où les intellectuels n'avaient pas été transformés, comme dans les pays anglo-saxons, en professionals relégués dans un rôle d'experts, et où dominait le modèle de l'intellectuel comme critique social. La distinction entre l'intelligentsia comme classe et l'élite politique permet de comprendre à la fois les luttes qui ont opposé, notamment durant la période stalinienne, la classe au sens large et l'élite restreinte qui prétend monopoliser le pouvoir politique, c'est-à-dire le pouvoir d'agir au nom de la classe, et l'antagonisme économique majeur, fondement de l'opposition entre les classes, qui ne passe pas entre les «bureaucrates» du Parti et les «intellectuels libéraux» ou les «dissidents», mais bien entre l'intelligentsia et la classe ouvrière. Si la conscience de classe est à un niveau très bas dans l'Europe de l'Est contemporaine et si les ouvriers ne sont pas seulement dépossédés du produit de leur travail mais de leur identité de classe, c'est sans doute parce que l'intelligentsia, en tant que classe dominante, tend à perdre sa capacité de fournir les intellectuels organiques de la classe dominée et à produire seulement des idéologues qui iront dans le sens de ses intérêts de classe fondamentaux, le plus important d'entre eux étant l'idéologie de l'absence de classe
Humanities · Political science · French Historical and Cultural Studies · Philosophy
| Citations per year | 0.07 |
|---|---|
| Citation span | 1986 - 2022 (37) |
| Highly cited | No |