Un Cadavre qui donne des « signes de vie
Le cas de l’enfant mort-né au sanctuaire à répit
Bibliographic Data
| ID | 4462858 |
|---|---|
| Authors | Jacques Gélis (Université Paris Cité, corresponding author) |
| Year | 2013 |
| Volume | 60 |
| Issue | 60 |
| Pages | 44-59 |
| Publication date | 2013-06-19 |
| Peer Reviewed | Yes |
| Open Access | Yes |
| Type | ARTICLE |
| Venue | Techniques & culture (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 0248-6016 • E-ISSN: 1952-420X |
| Publisher | OpenEdition (PUBLISHER) |
| DOI | 10.4000/tc.7073 |
| OpenAlex | W251553766 |
| Language | FR |
| Citations received | 3 |
La venue au monde d'un enfant mort-né a toujours constitué pour le couple un profond traumatisme. Aux siècles passés où la destinée de l'âme était si importante dans le monde catholique, les parents recouraient volontiers à l'exposition du petit cadavre devant une Vierge miraculeuse dans l'espoir de lui voir donner les « signes de vie » qui autorisaient le baptême salvateur : l'âme était sauvée et le cadavre pouvait alors être enterré en terre consacrée et non pas mis au rebut. Ce « répit » entre deux morts, puisque le corps de l'enfant redevenait cadavre après le miracle, se déroulait selon un rituel immuable. Dans le « sanctuaire à répit », pouvaient voisiner pendant des jours, voire des semaines, les dépouilles dénudées de plusieurs enfants exposés, dont les pèlerins surveillaient le comportement. Le retour de la chaleur et de la coloration du corps, les mouvements des membres, les épanchements aqueux et sanguins étaient interprétés comme des signes véritables de retour à la vie. À l'angoisse de la famille et de la communauté après la venue d'un enfant mort succédait l'enthousiasme des pèlerins. Le corps était ordinairement enterré dans le cimetière qui jouxtait le sanctuaire. Plus tard, les parents ne manqueraient pas de rendre hommage à la Vierge en offrant un ex-voto célébrant le miracle. Du xiv e au xiv e siècles, des milliers et des milliers de cadavres d'enfants mort-nés ont été ainsi exposés en France, Belgique, Suisse, Autriche, Allemagne du sud et Italie du nord. Si les praticiens (accoucheuses, chirurgiens et médecins) ont longtemps accepté de cautionner le miracle, ils commencent à prendre leurs distances à partir des années 1730-1740. Désormais, ce n'est plus le cadavre de l'enfant qui justifie leur intervention ; ce qu'ils veulent c'est sauver l'enfant à sa naissance. L'Église de son côté a toujours été très divisée sur l'attitude à tenir à l'égard des enfants mort-nés voués au néant. Autant les curés faisaient volontiers preuve de tolérance voire de complicité à l'égard des « répits », autant la hiérarchie se montrait méfiante à l'égard de pratiques qu'elle jugeait entachées de magie et de tromperie. En fait, derrière la question du sacrement chrétien se devinent des comportements qui ont longtemps caractérisé le monde rural : croyance à la « chasse sauvage » et volonté de restaurer par un rituel approprié l'équilibre un instant rompu de l'ordre du monde, puisque la naissance d'un enfant mort est toujours interprétée par la communauté comme le signe annonciateur de quelque calamité naturelle
Art · Humanities · Death, Funerary Practices, and Mourning · Grief, Bereavement, and Mental Health · Medieval and Early Modern Justice
| Unique citing works | 3 |
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| Citations per year | 0,23 |
| Citation span | 2013 - 2019 (7) |
| Citation velocity | historical |
| Highly cited | No |
| Citation types | Neutral: 3 |