Au commencement était Colette, et elle créa le Capitaine
Bibliographic Data
| ID | 5692299 |
|---|---|
| Authors | Catherine Rodgers (Swansea University, corresponding author) |
| Year | 2019 |
| Volume | 73 |
| Issue | 1 |
| Pages | 50-66 |
| Publication date | 2019-01-01 |
| Open Access | Yes |
| Type | ARTICLE |
| Venue | French Studies (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 0016-1128 • E-ISSN: 1468-2931 |
| Publisher | Oxford University Press (PUBLISHER • GB) |
| DOI | 10.1093/fs/kny250 |
| OpenAlex | W2909555201 |
| Language | FR |
Colette est connue avant tout pour son portrait de la relation fille–mère, ainsi que pour le lyrisme de son écriture sur la nature, les animaux, et son exploration des relations amoureuses. Dans sa vaste production, elle consacre très peu de pages au père, ce qui ne signifie pas nécessairement que le père est pour elle quantité négligeable: en plus de ce que la psychanalyse nous a enseigné sur le refoulement, l’habitude de Colette de passer sous silence ce qui la touchait au plus près est aussi à prendre en compte, une pudeur qu’elle a, comme nous le verrons, sûrement héritée du père. Cependant, son silence relatif sur son père et son éloquence sur sa mère, Sido, ont fait que la plupart des critiques se sont moins intéressés à cet aspect de son œuvre.1 Mais avant d’aborder l’étude de la relation de Colette à son père, telle qu’elle l’a dépeinte, encore faut-il faire une mise au point quant à ce que l’on va regarder. Bien avant que le terme ‘autofiction’ ne soit créé, Colette a joué à fond les jeux du miroitement entre fiction et autobiographie.2 Il ne s’agit pas ici d’aborder cette vaste question, mais juste d’esquisser la difficulté de la tâche. Dès son premier livre, Claudine à l’école (1900), Colette, poussée par son premier mari, Henry Gauthier-Villars, dit Willy, a entretenu la confusion entre Claudine et elle-même. Plus tard, dans ‘Le Miroir’, elle tentera de dissiper ‘ce malentendu’, et pourtant l’histoire entière fait autant ressortir l’entente entre l’écrivaine et sa création, que leurs différences.3 Elle a aussi joué ses personnages sur la scène, sapant les distinctions entre vie privée et publique, fiction et réalité. Surtout, beaucoup plus subtilement, elle s’est créé, dans ses récits, une persona difficilement démêlable de son moi. N’écrit-elle pas dans La Naissance du jour qu’elle couche sur le papier: ‘ce que je sais de moi, ce que j’essaie d’en cacher, ce que j’en invente et ce que j’en devine’ (ii, 608). Il suffit de contempler le visage maquillé de Colette et les poses qu’elle adopte dans ses photographies pour comprendre que cette femme aimait jouer de son image, que sa présentation était contrôlée, calculée. Ses souvenirs sont recréés, agencés. Même les lettres de sa mère, reproduites dans La Naissance du jour, ont été réécrites.4
Art · Humanities · Silence · Caribbean and African Literature and Culture · Historical Studies and Socio-cultural Analysis · Literature and Culture Studies · Philosophy
| Highly cited | No |
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