Présentation
Bibliographic Data
| ID | 8044308 |
|---|---|
| Authors | Éric Méchoulan (0000-0001-5659-5697, corresponding author), Régine Robin (corresponding author) |
| Year | 2000 |
| Volume | 36 |
| Issue | 1 |
| Pages | 5-5 |
| Publication date | 2000-01-01 |
| Peer Reviewed | Yes |
| Open Access | No |
| Type | ARTICLE |
| Venue | Études françaises (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 0014-2085 • E-ISSN: 1492-1405 |
| Publisher | Consortium Erudit (PUBLISHER • CA) |
| DOI | 10.7202/036167ar |
| OpenAlex | W4238879951 |
| Language | FR |
PRÉSENTATION• La notion de littérature « ethnique », du moins en Amérique du Nord, est en train de remplacer, voire de bouleverser la notion traditionnelle de « littérature nationale ».Comme si les ensembles nationaux étaient aujourd'hui trop hétérogènes, trop complexes, trop difficilement gérables, comme s'il fallait un polycentrisme institutionnel, où la mémoire, l'imagination, les mythes et l'écriture nécessitaient des foyers distincts, relevant de traditions distinctes.Ensembles pluriels donc où les jeux de la domination et de l'hégémonie voient se côtoyer toute une mosaïque de peuples, de langues ; ensembles où tous ces éléments nationaux et sociaux ne sont à égalité ni sur le plan économique ni sur le plan juridique.Aux États-Unis, à des critères de classes jamais pensés dans ces termes, se superposent des classifications d'appartenances diverses, de communautés constituées ou non, instituées ou non.Il y a une sorte de double critère de classification : des critères sociaux et des critères d'appartenance.Toutes les sociétés ne sont pas structurées en fonction de ce double paramètre, mais toutes, à l'heure actuelle, subissent cette pression.On a à faire à de vastes ensembles où les rapports présents ou anciens sont des rapports néocoloniaux à l'intérieur d'une même langue, quand la langue de la métropole est restée langue officielle après la décolonisation ; ou encore à des rapports dominants-dominés à l'intérieur d'une même langue, même si ces rapports ne sont pas constitués par une histoire coloniale directe ; ou enfin, à des pays plus centralisés, où les lendemains de la colonisation, puis les grands mouvements migratoires des vingt dernières années ont diversifié le pays sur les plans culturel et religieux.Pour les États-Unis, les rapports d'inégalité ne sont pas juridiques, du moins depuis que les droits civiques ont été obtenus de haute lutte par les Noirs, mais ils sont sociologiques et historiques.Il faut comprendre que cette nouvelle « ethnicisation » du roman et de la littérature ou cette dénominationlà est une construction ; Walter Moser dirait qu'elle est un recyclage, une sorte de travail de réappropriation imaginaire du passé, de l'identité et de l'appartenance, réappropriation ambiguë qui s'opère selon une double acception.Deux éléments antithétiques peuvent en effet habiter cette notion de « roman ethnique », constituant une véritable Cette réflexion est issue d'une recherche subventionnée par le Centre de recherche en sciences humaines.Études littéraires Volume 29 NTM 3-4 Hiver 1997 ÉTUDES LITTÉRAIRES VOLUME 29 N os 3-4 HIVER 1997aporie.D'abord, il s'agit de la constitution d'un espace problématique, un espace où tout le fictif de l'identité et de l'appartenance va pouvoir se déployer, être interrogé et être mis à distance.Autrement dit, dans des cadres contemporains, postmodernes, cet espace va permettre aux identités complexes, parfois multiples, d'être parodiées, réécrites ou bricolées.Dans cet espace fictif, on peut parler d'identité fictive comme Paul Ricceur parle d'identité narrative.« Ethnicité fictive » est donc un terme qui conviendrait très bien à cet espace problématique.Dans cette acception, on s'appuie sur tout un paradigme de travaux, on fait allusion à un ensemble de livres et d'articles récents, que ce soit Nation and Narration de Homi K. Bhaba, The Invention of Tradition de Éric J. Hobsbawn, The Imagined Communities de Benedict Anderson ou encore The Invention of Ethnicity de Werner Sollors.On est ici dans un domaine relativement bien identifié, même s'il est nouveau, où l'on met l'accent sur l'imaginé, le narré, que ce soit l'invention des traditions, la fabrique de l'authenticité, de l'identité, de soi, et de l'ethnicité -une ethnicité fictive, faut-il insister.Mais on se heurte vite à une difficulté majeure, car le bricolage identitaire autour de cette« ethnicité fictive » reste ambivalent.On a effectivement à faire à la constitution d'un espace où se posent tous les jeux d'écriture autour de l'ethnicité fictive, mais dans une limite très facile à franchir et qui mènerait à quelque chose d'essentialiste, sorte de réinscription substantialiste prenant la place de ce qui était précédemment assumé comme un jeu ouvert et expérimental sur le fictif de l'identité.Entre l'inscription d'un essentialisme et l'espace ouvert d'un jeu sur le fictif de l'identité, il y a ainsi tout un monde puisque c'est épistémologiquement antithétique, mais je dirais que ce « tout un monde » se franchit allègrement.Nous nous trouvons sur une espèce de frontière, qui semble, à première vue, totalement infranchissable au niveau épistémologique, mais qui, en réalité, se franchit bel et bien.Un seul exemple de cette difficulté à penser cette frontière et qui m'avait fascinée, est tiré de Writing Culture dirigé par James Clifford.Dans cet ouvrage, Michael Fischer avait écrit "Ethnicity and Postmodern Art of Memory", un article qui rejoint mes préoccupations.Or, Fischer y expose la question du franchissement de cette frontière.Notons que cet essai est constant en fonction d'un horizon herméneutique, lourdement déconstructionniste, qui permettrait en théorie une grande complicité entre le texte fictif et la fictivité du travail du mémoriel et de l'appartenance.Or, curieusement, ce fictif de l'appartenance, étant donné la pression du politically correct qui s'exerce sur les tenants de la déconstruction, vient annuler le caractère fictif de l'objet.Lorsqu'il s'agit de sa propre culture dite impérialiste, tout est déconstruit et matière à mise à distance mais, dès qu'on touche à la culture des autres, ceux-là mêmes qui sont les tenants de la déconstruction du fictif de l'identité réinscrivent tous les postulats de l'essentialisme et du culte de la différence pour trouver un espace leur permettant enfin de respecter totalement les autres cultures.On se trouve pris ainsi dans la contradiction aporétique imprégnant l'ensemble de l'article, à savoir l'universalisme pluraliste toujours assimilé à une structure de domination d'un côté, et, de l'autre, quand on aborde la culture des dominés, une réinscription massivement essentialiste.En somme, l'ethnicité est fictive quand, pour les besoins de la cause, il faut qu'elle le soit, et fixiste et fixée lorsqu'il est
Art · Sociology · Linguistics and Discourse Analysis · Philosophy · Psychology
| Citation velocity | historical |
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