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Vivre ensemble face à la contagion émotionnelle

Bibliographic Data

ID19590348
AuthorsCaterina Pasqualino (0009-0002-7945-2853, corresponding author)
Year2020
Publication date2020-12-01
Peer ReviewedYes
Open AccessNo
TypeARTICLE
VenueCondition humaine - Conditions politiques (JOURNAL)
Journal identifiersISSN: 2742-9318 • E-ISSN: 2742-9318
PublisherMaison des Sciences de l'Homme Paris Nord (PUBLISHER)
DOI10.56698/chcp.582
OpenAlexW4403979627
LanguageFR

Dans ce texte écrit pendant le premier confinement du printemps 2020, je tente de comparer le stress extrême ressenti par certains individus aux angoisses éprouvées en différents lieux du monde par les patients du chamanisme. Alors que l’on a longtemps cru que cette pratique étudiée par les anthropologues était le seul fait des sociétés dites « exotiques », elle pourrait se révéler de manière inattendue utile aux sociétés « modernes » en leur offrant une aide psychologique inespérée. Tomber en transe ou parvenir à un état de conscience modifié pourrait-il aider à traverser les crises aiguës de nos sociétés contemporaines ? Tandis que certains eurent l’impression de vivre un mauvais rêve éveillé, chez d’autres, la peur du coronavirus s’est accompagnée de l’angoisse d’être marginalisé, hospitalisé, asphyxié, d’une hantise de la mort amplifiée par la litanie quotidienne du nombre de victimes. Ils ont été submergés par leurs angoisses, se sont sentis perdus, furent atteint d’insomnie et multiplièrent les cauchemars. Dans les formes les plus extrêmes, les sujets ont connu des états seconds qui semblent avoir eu in extremis une fonction de régulateur émotionnel. À Palerme (Italie), les jeunes animèrent les quartiers en improvisant depuis leurs balcons des concerts diffusés à l’aide de puissantes enceintes. Ces explosions irrépressibles de spontanéité intervenant au cœur d’un confinement vécu comme particulièrement oppressant, sont à rapprocher des manifestations exubérantes survenant à la fin de rituels chamaniques qui exigent une rigoureuse maîtrise de soi. Par ailleurs, le début de l’épidémie de Covid-19 fut marqué par une masse considérable d’individus gagnés par une peur irrépressible, au point de se demander si, sans le confinement, la panique qu’il a engendrée ne serait pas devenue aussi dangereuse que le virus lui-même. Après plusieurs semaines, les médias et une partie de la population s’en sont pris aux plus démunis, jeunes ou prolétaires. Leur conviction était que n’ayant rien à perdre, ils ne pouvaient qu’entraver la discipline collective. Des boucs émissaires étaient trouvés. En Sicile, la période de Pâques est traditionnellement un moment festif de grande convivialité. Lors de ce printemps 2020, les autorités avaient cependant décidé de montrer aux yeux de toute l’Italie que les Méridionaux ne se laisseraient pas déborder par leur légendaire indiscipline. Mais les habitants du Sperone, l’un des quartiers les plus déshérités de la ville, voulurent profiter d’une terrasse collective en haut de leur immeuble pour se retrouver autour de quelques grillades. Cet évènement insignifiant eut un retentissement démesuré, au point de devenir un scandale répercuté par tous les médias à l’échelle nationale. Le groupe fut traité comme s’il s’agissait de terroristes. Une cohorte de militaires en armes fut envoyée sur le lieu du délit, appuyée par deux hélicoptères de combat et se déplaçant prudemment en ligne indienne, rasant les murs, pour atteindre les fameux « insurgés »... La joyeuse bande de riverains prit la fuite précipitamment

Social science · Sociology · Psychoanalysis and Psychopathology Research · Psychology

Citation velocityhistorical
Highly citedNo

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