La vieillesse entre le normal et le pathologique
Un « état pathologique normal »
Bibliographic Data
| ID | 21566793 |
|---|---|
| Authors | Véronique Le Ru (0000-0003-2460-4506, Université de Reims Champagne-Ardenne, corresponding author) |
| Year | 2020 |
| Volume | 141 |
| Issue | 2 |
| Pages | 79-90 |
| Publication date | 2020-06-25 |
| Open Access | No |
| Type | ARTICLE |
| Venue | Jusqu’à la mort accompagner la vie (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 0768-6625 • E-ISSN: 2428-3592 |
| Publisher | CAIRN (PUBLISHER) |
| DOI | 10.3917/jalmalv.141.0079 |
| OpenAlex | W3035296904 |
| Language | FR |
Simone de Beauvoir, dans La Vieillesse (1970), a bien analyse le fait qu’on est vieux pour autrui et non pour soi : c’est le regard d’autrui qui nous fait vieux. Il est possible de tricher avec son propre regard, de minimiser la gravite des faits, de se dissimuler les « stigmates » ou les « symptomes » de la vieillesse. Il est infiniment plus difficile d’echapper a l’etonnement d’autrui : « Elle a pris un sacre coup de vieux. » Plus douloureux encore, plus revelateur de l’etendue du mal est le voile pudique qu’autrui met sur son propre regard pour ne pas nous blesser, le regard qui fait semblant de ne rien voir. Ce regard qui devient un evitement de regard est un regard d’exclusion. Or le rejet des vieux conduit a une impasse tres onereuse et tres dommageable pour la societe et pour chacun de nous car, en rejetant les vieux, on rejette l’idee que la conscience de soi se construit jusqu’a la mort, que l’histoire du moi est un processus d’individuation qui dure toute la vie et surtout on oublie qu’un systeme social qui fonctionne bien est un systeme qui integre tous les citoyens et non qui en exclut beaucoup par le chomage, la pauvrete, la maladie ou l’âge. En rejetant les vieux, on se condamne a mal vieillir car on se condamne a se rejeter soi-meme a plus ou moins longue echeance. Seulement, lutter contre l’exclusion des vieux demande de construire de nouvelles normes et de nouvelles valeurs. Cela exige d’etre a soi, de ne plus etre assujetti a la dictature de l’urgence, mais d’avoir le temps et son temps avec soi. En effet, que dit-on reellement quand on dit : « Je n’ai pas le temps ? » On dit : « Ce n’est pas ma priorite, ce n’est pas ce que je desire faire en premier. » Et quand on reflechit a cette hierarchisation des desirs, on s’abstient de dire a un(e) ami(e), a sa grand-mere ou grand-pere qui demande un rendez-vous, une visite : « Je n’ai pas le temps. » Or, reflechir a la hierarchisation de ses desirs, c’est etre conscient de ce qui est essentiel pour soi et ce qui l’est moins. Vieillir oblige a cette prise de conscience parce que vieillir signifie instaurer de nouvelles normes dans sa vie
Humanities · Aging, Elder Care, and Social Issues · Death, Funerary Practices, and Mourning · French Urban and Social Studies · Philosophy · Psychology
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