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Un artiste et sa théorie de l’argent

Bibliographic Data

ID21762586
AuthorsFranz Kaltenbeck (corresponding author)
Year2022
Volume29
Issue2
Pages158-168
Publication date2022-09-28
Open AccessNo
TypeARTICLE
VenueSavoirs et clinique (JOURNAL)
Journal identifiersISSN: 1634-3298 • E-ISSN: 1776-2871
PublisherCAIRN (PUBLISHER)
DOI10.3917/sc.029.0158
OpenAlexW4306727638
LanguageFR

Dans les années 1980, l’artiste suisse allemand Dieter Roth (1930-1998) a formulé une théorie de l’argent qui éclaire d’une lumière cruelle le plus important des instruments de l’échange social. Dire que l’argent provient souvent d’affaires douteuses est un lieu commun, même si c’est un fait. Mais l’artiste est allé bien au-delà de cette simple observation. Loin d’être une « belle âme », Dieter Roth a développé l’idée que l’argent a, par essence, la même source, sombre et criminelle, que celle d’où jaillit aussi la peur. L’argent, dit-il, est une sorte de « tranquillisant magique utilisé à des fins de pacification », mais il provient en réalité de la « profondeur meurtrière de nos cauchemars ». Dieter Roth a gagné beaucoup d’argent, mais il l’a toujours dépensé pour sa famille, ses amis, sa production artistique et l’écriture de ses livres. Il l’a aussi dilapidé, voire détruit. Je travaille deux fois par semaine dans une prison du nord de la France comme psychanalyste auprès des détenus. Je vais montrer comment la théorie de Roth, partie intégrante de sa pensée et de son art, m’a aidé dans mes réflexions sur la relation entre le crime, la justice et la société. Le travail de Roth était orienté radicalement contre les pratiques artistiques qui se contentent de nourrir les illusions à la façon de la religion, et qui n’ont d’autre objet que de tenir lieu d’analgésique. Il aborde le réel comme quelque chose d’impossible à représenter, et déconstruit le fantasme en tant qu’écran protecteur qui sépare le sujet de son symptôme. Il nous permet ainsi de réinterpréter deux hypothèses relatives au rapport entre le crime et la société : l’hypothèse freudienne du crime primordial (le meurtre du père) comme l’origine de la loi, et son infirmation par l’axiome de Lacan – fondé sur Saint Paul – selon lequel la jouissance présuppose la loi. Si l’argent, qui est l’une des plus importantes institutions sociales, a sa source dans le crime, alors une séparation nette entre crime et société n’est rien d’autre qu’un vœu pieux

Art · Humanities · Historical and Scientific Studies · Psychoanalysis and Psychopathology Research

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