« Tout est féminin qui finit bien » (Entretien avec Messaouda Boubaker)
Bibliographic Data
| ID | 22350152 |
|---|---|
| Authors | Samia Kassab-Charfi (0000-0003-0552-9846, corresponding author) |
| Year | 2015 |
| Volume | 14 |
| Issue | 2 |
| Pages | 11-23 |
| Publication date | 2015-01-01 |
| Open Access | No |
| Type | ARTICLE |
| Venue | Expressions maghrébines (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 1540-0085 • E-ISSN: 2475-2401 |
| Publisher | Project MUSE (PUBLISHER • US) |
| DOI | 10.1353/exp.2015.0014 |
| OpenAlex | W2284250858 |
| Language | FR |
« Tout est féminin qui finit bien » (Entretien avec Messaouda Boubaker) Samia Kassab-Charfi (bio) Je ne vois pour les femmes arabes qu'un seul moyen de tout débloquer : parler, parler sans cesse d'hier et d'aujourd'hui, parler entre nous, dans tous les gynécées, les traditionnels et ceux des H.L.M. Parler entre nous et regarder. Regarder dehors, regarder hors des murs et des prisons !... La femme-regard et la femme-voix... (Djebar 2001 : 61) Samia Kassab-Charfi : Messaouda Boubaker, vous êtes l'une des auteures de langue arabe parmi les plus connues en Tunisie. Comment considérez-vous le statut de la femme écrivaine en Tunisie et comment le vivez-vous personnellement ? Messaouda Boubaker : La femme écrivaine tunisienne selon moi, du moins pour les dernières décennies, n'est ni plus ni moins avantagée que son homologue écrivain quant à la liberté de penser. Tous deux affrontent désormais les mêmes problèmes et des soucis communs. Mis à part le temps matériel qui demeure son handicap, émancipée ou pas, les charges traditionnelles du foyer restent malgré tout à sa charge. En tant qu'écrivaine, dans un présent mouvementé par la question politique, le social, l'économique et l'idéologique, je vis, j'observe et j'écris. Je crie, j'affronte, je revendique et j'écris. Je rêve, j'espère, j'attends et j'écris. Mon objectif essentiel reste bien ancré dans mon intériorité : écrire et rien d'autre. Donner la vie et la défendre par le biais des mots. Faire que mon âme se reflète dans mes textes. Contribuer à [End Page 11] conserver la beauté subtile des relations humaines entre savoir et Mère Nature. Rehausser et accentuer cette note basse, d'une voix cassée par la souffrance, en essayant de la faire émerger de l'oubli et de l'insouciance. Tout en m'accordant avec une forte conviction au fait que l'histoire des oubliés et des laissés-pour-compte est bel et bien dans la littérature. – Depuis la Révolution, avez-vous observé un changement dans la perception de ce statut ? Avez-vous ressenti qu'une plus grande liberté s'installait dans la sphère intellectuelle ? – La liberté d'expression demeure le don le plus précieux de la Révolution. Les langues tant liées se dénouent. Il y a même de l'abus, une forme d'agressivité. Un phénomène sain, explique-t-on. On commence à tout critiquer, avec acharnement parfois, à attaquer, à accuser. Dans tout cet amalgame, où se situe la femme – spécifiquement la femme écrivaine ? Consciente d'abord de ces voix hostiles, qui se lèvent pour une remise en question de son statut. Voilà que l'on pointe du doigt le Code du Statut Personnel. Société civile, associations, artistes, écrivains et écrivaines sont alertés. Tout le monde est sur le qui-vive. Je note ici le malaise que j'ai profondément ressenti en me heurtant à une catégorie de femmes à tendance intégriste. Une situation des plus alarmantes qui pèse de tout son poids sur les intellectuelles traitées de tous genres d'épithètes. J'ai vécu les premiers jours de la Révolution, hors mon statut d'écrivaine, dans la rue et dans le mouvement d'ensemble, en tant que citoyenne. J'étais soucieuse de l'incommode situation de la femme, absorbée et inquiète par la suite des événements inquiétants en Égypte, en Lybie, au Yémen, au Bahreïn puis en Syrie. Insatisfaite, comme la grande majorité, par la politique du gouvernement de transition. Où rien ne va. Je pensais que pour exprimer tout cela sur le papier, un écrivain avait besoin de prendre du recul devant les grands changements historiques, afin de prendre le temps d'assimiler certaines situations. Une année et demie après le 14 janvier 2011, mon instinct se réveilla. Mes doigts me démangeaient. J'attaquai la feuille blanche et j'écrivis mon livre intitulé Nazroun mimma (Un peu de). Un témoignage qui puise dans l'atmosphère r
Art · Humanities · Multiculturalism, Politics, Migration, Gender · North African History and Literature · Philosophy · Political and Social Issues
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