Introduction
Gisèle Halimi, une conscience intersectionnelle
Bibliographic Data
| ID | 22350288 |
|---|---|
| Authors | Samia Kassab-Charfi (0000-0003-0552-9846, corresponding author) |
| Year | 2021 |
| Volume | 20 |
| Issue | 2 |
| Pages | 7-27 |
| Publication date | 2021-01-01 |
| Open Access | No |
| Type | ARTICLE |
| Venue | Expressions maghrébines (JOURNAL) |
| Journal identifiers | ISSN: 1540-0085 • E-ISSN: 2475-2401 |
| Publisher | Project MUSE (PUBLISHER • US) |
| DOI | 10.1353/exp.2021.0021 |
| OpenAlex | W4206307379 |
| Language | EN |
Introduction : Gisèle Halimi, une conscience intersectionnelle Samia Kassab-Charfi (bio) « Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience » (Char 1967 : 195) Il faut imaginer Fanon femme – et avocate... Comment présenter celle qui, entamant une brillante carrière au Barreau, commence par prêter serment à Tunis, en 1949, alors qu’elle n’a que vingtdeux ans, avant de partir pour Paris où elle séjournera cinq ans afin d’y faire son droit et sa philo, puis de revenir à nouveau à Tunis où elle remporte le Tournoi d’éloquence ouvert aux avocats stagiaires – « La seule femme et la première femme qui osait concourir » (Halimi 2020 : 31) ? « Thème : “le droit de supprimer la vie” » (30)... Comment concevoir qu’une frêle jeune femme d’une trentaine d’années, laissant deux enfants en bas âge aux soins de ses parents à Tunis – « J’avais confié à ma mère mes deux jeunes enfants » (1990 : 190) –, choisisse au risque de sa vie, en pleine tourmente algéro-française, de prendre fait et cause pour les moudjahidines, se constituant ainsi avec quelques très rares confrères, en avocate de la défense d’Algériennes et d’Algériens exsangues auxquels de faux aveux ont été arrachés sous la torture, bravant les refus d’hébergement ou de restauration de colons français hostiles ? Comment imaginer encore que la même femme, avocate irrespectueuse, critique pénétrante de l’imagerie liée à la maternité et de [End Page 7] ce qu’elle nomme le « terrorisme biologique » (1973 : 153), choisisse en 1972 de faire le procès d’une loi inique – loi de 1920 réprimant l’avortement –, de signer le Manifeste des 343 en déclarant haut et fort qu’elle-même a avorté, et de lutter pour la révision de la législation relative au viol lors du procès d’Aix-en-Provence en 1978 ? Un peu plus tard, dans la France des années 1980, alors que Robert Badinter assure la fonction de Garde des Sceaux, cette même femme sera l’« orateur principal au moment de la loi sur la peine de mort », toujours aussi assidûment mobilisée à la moindre alerte impliquant conjointement la liberté et la dignité humaines. On ne saurait ainsi réduire Gisèle Halimi (1927–2020) à un seul engagement – sauf à le résumer à cette seule éthique : le refus de la déshumanisation, la lutte contre le racisme et l’aliénation. Les quinze essais qu’elle produit de 1962 à 2020 portent témoignage de ces combats en faveur des colonisés, des humiliés – et des femmes, au moment même où le droit de ces femmes à l’autodétermination de leur propre territoire corporel est encore mis en péril et même violemment dénié par des fractions rétrogrades au pays des Droits de l’Homme et dans ce qui fut l’Europe des Lumières. Combats qui auront valu à ce Fanon au féminin, à ce Fanon du prétoire, au même titre que la défense des indépendantistes algériens, insultes, crachats au visage et menaces de mort réitérées. On retiendra les audacieuses levées de Gisèle Halimi, sa combattivité intraitable contre les forces réactionnaires et la violence instituée dans l’objectif de brimer le sujet colonisé, le subalterne livré à l’inhumanité ou les femmes victimes de viols. L’irrédentisme et la fidélité aux principes des Droits de l’Homme de cette pasionaria qui fut jusqu’à ses dernières années une activiste invétérée pour qui la seule théorie valable est le combat juridique objectif et pugnace, par lequel le droit progressiste triomphe par le vote de la loi, ont sans doute nourri notre aptitude à nous indigner contre les formes larvées d’oppression et de soumission. Ils ne cessent aujourd’hui de résonner en nous. Une enfance en minorité Entretemps, il faudra remonter à l’enfance pour tenter de mieux comprendre ce qui, dans ce contexte judéotunisien des années 1930 et 1940, fut sans doute décisif pour la
Art · Humanities · Multiculturalism, Politics, Migration, Gender · North African History and Literature · Philosophy · Political and Social Issues
| Highly cited | No |
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